Les Dix perdent un collaborateur précieux

Les Cahiers des Dix. Volume 12, 1947

Hommage posthume à Édouard-Zotique Massicotte. Les Cahiers des Dix. Volume 12, 1947

Le 8 novembre 1947, s’éteignait à Montréal Édouard-Zotique Massicotte, archiviste journaliste, héraldiste, folkloriste, paléographe, botaniste, généalogiste, archéologue, poète, historien des mœurs et conservateur de la bibliothèque Sainte-Cunégonde.

Cet homme remarquable fut membre de la première « École littéraire de Montréal » en 1895, dont il fut secrétaire et de plusieurs sociétés dont  la Société de folklore de la province de Québec, la Société historique de Montréal, la Société d’archéologie et de numismatique, la commission des monuments historiques du Québec et de la Société royale et de la Société des Dix.

Ses études historiques parurent régulièrement dans Les Cahiers des Dix. Son texte intitulé «Bibliothèques d’autrefois à Montréal» publié à titre posthume dans le volume 12 des cahiers, nous fait découvrir l’histoire de la création de la bibliothèque Sainte-Cunégonde, l’actuelle bibliothèque Georges-Vanier.

L’hommage des Dix

N’ayant pu le faire dans le volume 12 des cahiers, les Dix ont tenu à rendre hommage à leur ami et collaborateur l’année suivante dans le volume 13 des Cahiers des Dix.

Cahiers des Dix, volume 13E.-Z. Massicotte

Par Olivier Maurault, P.D. P.S.S., M.S.R.C.

«Nous devions à M. Massicotte un hommage collectif, que les exigences de la mise en page nous avaient empêchés de lui rendre, dans le Cahier des Dix de l’an dernier. Depuis, M. Victor Morin, dans le Rapport de la Société Royale du Canada, et M. Jean-Jacques Lefebvre dans la Revue du Barreau, ont tracé de lui deux portraits, véridiques et ressemblants. Et n’ayons garde d’oublier le travail de M. Emile Falardeau sur M. Massicotte, généalogiste, et celui de Me Maréchal Nantel sur M. Massicotte, archiviste, à propos des archives du Palais de Justice de Montréal.

Au surplus, lorsque, en 1936, M. Massicotte reçut, coup sur coup, la médaille de la Société Historique de Montréal et le doctorat ès lettres de l’université, d’autres portraits-éloges lui furent infligés, l’un par Aegidius Fauteux, un second par le Recteur de l’université, un troisième par M. Pierre-Georges Roy. Avant eux tous, cependant, M. Jean Charbonneau, dans son histoire de l’Ecole Littéraire de Montréal, l’avait peint avec justesse.

Faut-il reprendre ces images de notre ami et rappeler sa carrière d’artiste dramatique, de bibliothécaire à Sainte-Cunégonde, d’avocat, de journaliste au Monde Illustré, de poète symboliste, de botaniste, de folkloriste, d’archiviste et d’historien? Il le méritait bien. Et les hommes de sa trempe ne sont pas si nombreux parmi nous qu’il nous soit permis de négliger leur mémoire et de faire bon marché des services variés rendus par eux à notre monde intellectuel. Mais les Cahiers des Dix, étant des recueils historiques, nous indiquent la route à suivre : nous parlerons surtout de M. Massicotte, archiviste et historien.

Notre province est relativement riche en archives. Celles-ci sont dispersées, il est vrai; mais nous ne voyons pas de remède à cela, chaque dépôt tenant à ses richesses. Les archives judiciaires de Montréal constituent un de ces dépôts, parmi les plus utiles et les plus précieux. Avant que M. Massicotte en fût chargé, l’incurie y régnait, avec l’incurie, le désordre. Le nouvel archiviste en fit l’œuvre de sa vie. Il ne se borna pas à ordonner les documents et à combler, par des copies, les lacunes béantes qu’il découvrit, il les utilisa pour ses travaux personnels d’historien et les rendit accessibles aux chercheurs, dépassant ainsi de beaucoup son mandat officiel. Cette tâche surhumaine dura trente-cinq ans. Il ne nous est pas permis de la reléguer dans l’ombre, et les Dix tiennent à en marquer ici l’importance énorme et à citer en exemple aux générations leur regretté confrère.

On pense bien que M. Massicotte ne s’improvisa pas archiviste du tout au tout, quand il pénétra dans les arcanes du Palais de Justice de Montréal. Il n’en était pas à ses premières armes. Curieux et chercheur invétéré, il l’avait toujours été. M. Pierre-Georges Roy note que dès 1893, M. Massicotte avait fourni à une revue lévisienne un travail d’histoire. Et, bien que par la force des choses, il soir devenu le plus parfait spécialiste de l’histoire de Montréal, ses connaissances s’étendaient à l’histoire de la Province et du Canada tout entier. Collectionneur d’images et de portraits – ses albums sont précieux pour quiconque veut illustrer quelque travail historique – il accumulait des dossiers sur les sujets les plus divers. Ses études fouillées de généalogie et sa collaboration active, de plus de quarante ans, au Bulletin des Recherches historiques en sont la preuve. Il est désormais impossible d’écrire pertinemment sur les choses et les hommes du Québec, sur nos institutions, nos traditions, nos us et coutumes, nos chansons, nos processions patriotiques sans avoir recours à lui.

Sa bio-bibliographie, préparée par Mlle Marguerite Mercier, couvre trois cent quatre-vingts pages de manuscrit.

Même frappé par la maladie et retiré dans une hospitalière maison religieuses où il trouva la paix et la tranquillité, il ne cessa de travailler et de produire. C’est pourquoi, après sa mort, les Dix eurent la consolation de publier un dernier article de lui, préparé d’avance pour leur Cahier de 1947.

Il s’éteignit subitement – discrètement, comme il faisait toutes choses – non sans avoir rempli ses devoirs religieux quelques heures auparavant.

Il n’avait jamais été grand voyageur. Dans les dernières années de sa vie, il ne sortait guère que pour descendre à son bureau et pour se rendre au Square Saint-Louis, où ilo prenait place sur un banc et attendait un ou deux amis, qui aimaient à causer avec lui. Sa conversation était toujours instructive et pittoresque. Elle ne manquait pas d’humour, car M. Massicotte, bienveillant de nature, avait remué trop de documents humains pour ne pas connaître les mille travers des hommes. Il les jugeait avec sérénité.

Il était fidèle à ses amitiés. Aussi sa disparition fut-elle vivement regrettée. Bien rares étaient ceux à qui il n’avait pas rendu service. »

Les Cahiers des Dix. Volume 13, p. 9 à 11

Sources:

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