Le square Chaboillez

On comptait à Montréal une vingtaine de squares au début du 20ème siècle. On les appelaient indifféremment parcs, places, carrés ou squares.

Plusieurs de ces lieux publics ont aujourd’hui disparu. C’est le cas du square Chaboillez, dont le nom honorait la mémoire du notaire Louis Chaboillez (1766-1813).

Le square et des terrains avoisinants ont fait l’objet d’une première phase de réaménagement  au milieu des années 1960, ce qui a permis la construction du Planétarium Dow, rebaptisé par la suite Planétarium de Montréal.

La partie demeurée intacte a été par la suite détruite pour permettre la construction de bretelles d’accès à l’autoroute Ville-Marie.

Square Chaboillez 1910

Vue nord-est du square Chaboillez

De forme triangulaire, il était borné du côté sud par la rue Notre-Dame qui le traversait d’est en ouest.

Il se terminait en pointe à l’est, à la hauteur de la rue de l’Inspecteur, à l’endroit où se trouve l’édifice Rodier qu’on reconnaît sur la  photo ci-dessous.

Il était borné à l’ouest par la rue du chemin de fer et se trouvait à quelques pas de la Gare Bonaventure de la compagnie ferroviaire du Grand Tronc.

Le complexe immobilier Jardins Windsor et le pavillon B de l’ÉTS, l’École de technologie supérieure, occupent le site de l’ancienne gare détruite par un violent incendie le 23 août 1948.

Baron Sport

L’édifice Rodier est situé à l’extrémité est de l’ancien square Chaboillez

Lieu de rencontre d’un réseau de rivières, le square Chaboillez était régulièrement inondé au 19ème siècle. Ces rivières sont clairement illustrées sur un plan de Montréal publié en 1853.

On trouve d’ailleurs sur le site du Musée McCord plusieurs photos de ces inondations qui survenaient lors des crues printanières.

Square Chaboillez sur un plan de Montréal publié en 1907

Cliquez sur le plan pour le voir en entier

Carré ou square?

Devrait-on dire carré ou square Chaboillez?

Dans ce billet publié en 1942 dans Les cahiers des Dix, E.-Z. Massicotte, un des membre de la Société des Dix, apporte certains éclaircissements et explique l’origine de la place publique.

Le carré Chaboillez

«Nous causions devant un ancien de divers coins du vieux Montréal et notamment de l’origine du square Chaboillez. Soudain, le vieillard frémit et nous enleva  la parole.

«Pourquoi square? Pourquoi ce vocable exotique? Square ne signifie-t-il pas un quadrilatère à quatre côtés égaux, or quel est le square en Angleterre ou aux États-Unis conforme à cette définition? Si les Canadiens, de races différentes à la nôtre, ont la liberté de modifier la signification des mots, pourquoi nous refuserait-on le droit de conserver les expressions françaises? Ignorez-vous qu’en 1860 le célèbre érudit Édouard Fournier a consacré dans les Énigmes des rues de Paris tout un chapitre au «carré Marigny»? S’il nous plaît de ne pas étendre le bec pour prononcer square maintenons le terme plus doux de carré. L’usage d’ailleurs nous y autorise, car j’ai près de quatre-vingt ans et jamais un Canadien de pure étoffe dans ma jeunesse et bien plus tard n’aurait osé dire square lorsqu’il parlait français…»

L a vigoureuse protestation du bon vieillard nous amusa et pour ne pas le peiner nous lui promîmes d’adopter le mot qu’il suggérait.

De quand date cette place publique? Autrefois c’était un lac où plusieurs rivières venaient se souder. Ces cours d’eau plus ou moins volumineux et impétueux, suivaient les saisons, arrivaient de l’est, du nord-est, du nord-ouest et même du sud, puis allaient s’engloutir dans le Saint-Laurent vers le bas de la rue Saint-François-Xavier. Avec le déboisement, le labourage et le drainage, le lac s’assécha peu à peu et un chemin le traversa de l’est à l’ouest. En 1799, la fabrique de Montréal acquit au nord de l’ancien lac le grand lopin de terre qui est devenu le carré Dominion, afin d’y établir un cimetière hors de la ville. Pour se rendre à ce champ du dernier repos, on suivait la rue Saint-Antoine, puis une nouvelle route qu’on nomma chemin du Cimetière (aujourd’hui Cathédrale).

En 1813, décédait à Montréal le notaire Louis Chaboillez, descendant d’une remarquable famille de grands bourgeois de la fourrure. Le défunt laissait un fils, une fille et une veuve, Marguerite Conefroy. En sa succession, figuraient divers immeubles et madame Chaboillez qui avait besoin de ressources s’occupa de disposer de ses biens fonciers au meilleur de ses intérêts et de ceux de ses enfants.

Elle imagina en 1818, de subdiviser le lopin de terre qu’elle possédait dans le faubourg des Récollets, entre le troisième collège de Montréal et le cimetière. Elle en fit établir le plan par le distingué archéologue Jacques Viger et l’ancien petit lac fut abandonné comme place publique. M. Viger traça alors des rues qu’il nomma Chaboillez et Marguerite en mémoire de ses propriétaires, puis la rue de l’Inspecteur en sa propre mémoire. Aujourd’hui, la rue Sainte-Marguerite est devenue Sainte-Cécile et la rue Chaboillez, Monfort, le nom Inspecteur seul est resté. Pourquoi avoir oublié le nom de fille de madame Chaboillez? Conefroy aurait peut-être été plus approprié que Monfort.

La vente des terrains se poursuivit jusqu’en 1825 de sorte que ce quartier, alors à l’extrémité de la ville, et maintenant en plein centre commercial, ne date que de cent et quelques années.

Assez tôt, le carré Chaboillez fut un carrefour traversé par la rue Notre-Dame de l’est à l’ouest. À ce carrefour aboutissait les rues Albert, du Cimetière, Chaboillez, Saint-Maurice et de l’Inspecteur.

À l’angle du carré et de la rue Chaboillez était une hôtellerie en bois d’assez grande dimension, (immeuble possédé par la succession de Beaujeu en 1879), où pensionna souvent le roi de la force, Louis Cyr, lors de ses premières tournées. C’est là qu’il nous dit avoir fait des repas pantagruéliques.

En la partie est du carré s’élevait entre Notre-Dame et Saint-Maurice le magasin de chaussures Ronayne et Frères. L’édifice était connu de tous, car il était surmonté d’une énorme enseigne représentant un chemin de fer, avec cette particularité qu’une grande «botte à jambe» était la locomotive laquelle remorquait un train composé de souliers au lieu de voitures (ou wagons).

Sur le côté nord du carré fut longtemps une caserne de pompiers et un poste de police : sur le côté sud, une brasserie.»

Édouard-Zotique Massicotte

Les cahiers des Dix, vol. 7, pp. 263 à 265

Sources

  • E.-Z. Massicotte. Les cahiers des Dix, vol. 7. Montréal, 1942. pp. 263 à 265. Adresse URL.
  • Dictionnaire biographique du Canada en ligne. Page consacrée à Louis Chaboillez. Adresse URL
  • Plan de Montréal publié en 1853. Site de la BAnQ. Adresse URL.

«Les places publiques diffèrent des parcs, en ceci que, loin d’être isolées de la ville, elles s’imbriquent dans le tissus urbain et se mêlent à la vie comme à la circulation.»

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2 Commentaires

Classé dans Arrondissement du Sud-Ouest, Arrondissement Ville-Marie, rue Notre-Dame

2 réponses à “Le square Chaboillez

  1. Passionnant, comme chacun de vos billets.

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