Le chantier naval d’Augustin Cantin

Augustin Cantin, 1868. Source: Musée McCord. I-31180.1

Le constructeur de navires Augustin Cantin est né à Cap-Santé, près de Québec le 17 juin 1809. C’est à cet endroit qu’il apprit la charpenterie de navires.

Il s’installe à Montréal en 1831 et  travaille sur des chantiers navals avant de fonder sa propre entreprise qu’il abandonne après quelques années pour étudier les dernières techniques de construction navale à Liverpool et à New York. Il rentre à Montréal vers 1837.

Il se lance à nouveau en affaires en 1841 à l’angle des rues Prince et de la Commune, à l’entrée du canal de Lachine. Bien que son entreprise connaisse une expansion rapide, il fait faillite en 1843. Il se remet rapidement sur pied et ouvre un nouveau chantier doté d’un bassin de radoub* en 1846, près des écluses St-Gabriel du canal de Lachine.

L’emplacement est particulièrement bien choisi, le canal étant à cet endroit d’une largeur de plus de 210 mètres, ce qui facilite le déplacement des navires.

1903 - Plan de la ville de Montréal. Source BAnQ. Numéro de catalogue Iris: 0000066417.

Source BAnQ

Ses installations, qui couvrent une superficie d’environ 14 acres, s’étendent de la rue St-Joseph (rue Notre Dame), jusqu’au canal de Lachine, à l’ouest de la rue Canning. Le chantier naval sera connu au cours des années sous le nom de Montreal Marine Works, Canada Marine Works puis St. Lawrence Metal & Marine Works.

En moins de 10 ans, Augustin Cantin dotera son chantier d’ateliers, d’une fonderie de moteurs et d’une scierie. Ceci lui permet de devenir le premier entrepreneur à Montréal à être en mesure de construire à la fois le moteur et la coque de ses navires, dont il peut assurer l’entretien par la suite. Le chantier est également muni d’un plan incliné où le navire est hissé sur des rails, appelé chemin de fer de marine.

Le chantier naval d’Augustin Cantin devient le plus important de Montréal.

Canada Marine Works.

Canada Marine Works, vers 1855. Source: Musée McCord.

Canada Marine Works – vers 1855

Cette photographie de la Canada Marine Works exécutée vers 1858 nous permet de bien saisir l’organisation des lieux. Commandée par Augustin Cantin dans le but de faire connaître son chantier naval,  il pourrait s’agir de la première photographie d’une entreprise établie sur les rives du canal de Lachine.

Augustin Cantin construit de 1846 à 1855 plus de soixante-dix bateaux, tous en bois, dont sept à vapeur. Il compte parmi ses clients, le gouvernement du Canada, le Grand Tronc, John Torrance et plusieurs des compagnies de navigation qui sillonnaient alors les voies navigables du Québec et les Grands Lacs. Un de ces clients est  Jacques-Félix Sincennes, de la Société de navigation du Richelieu, pour qui il construit en 1855 le Cultivateur, un vapeur de 47 mètres sur 7, avec roues à aubes latérales.

Vers 1875, Alexander Henderson. Bateau Cultivateur. Bibliothèque et Archives Canada. C-004850.

Bateau Cultivateur

À partir de 1875, l’émergence de nouveaux concurrents amène Augustin Cantin à construire davantage de remorqueurs que de navire de grand gabarit. La concurrence vient d’abord d’Ontario. Au début du 20ème siècle, les armateurs se tournent vers la Grande-Bretagne qui produit maintenant des navires à coque d’acier qui se vendent moins cher que les constructions canadiennes.

Augustin Cantin décède le 30 novembre 1893 au moment où les chantiers navals canadiens se mettent également à construire des navires à coque d’acier. Repris par son fils Charles-Albert, le chantier s’orientera plutôt dans la réparation et la construction de navires de bois. Il sera exploité jusqu’au début des années 1950.

Ce qu’il en reste.

Bien que le chantier ait disparu, certaines de ses composantes existent encore et font maintenant partie des installations de la Minoterie Robin Hood Multifoods située au 2110 Notre-Dame Ouest, à Montréal. Il est à noter qu’un inventaire archéologique réalisé en 2001 a permis la mise au jour d’un parement du bassin de radoub* du chantier.

Une rue porte maintenant son nom dans le quartier Pointe-Saint-Charles, dans l’arrondissement du Sud-Ouest. Elle portait auparavant le nom de rue Manufacturers.

*Bassin de radoub: Bassin qui sert à réparer les navires, aménagé de façon à pouvoir les maintenir hors de l’eau.

Bibliographie:

  • Site web Dictionnaire biographique du Canada en ligne. Biographie d’Augustin Cantin. Page consultée le 17 octobre 2010. Adresse URL.
  • Livre Le canal de Lachine, du tumulte des flots à l’essor industriel et urbain. Yvon Desloges et Alain Gelly, Septentrion, 2002.
  • Livre Regard sur un paysage industriel, le canal de Lachine. CCA. 1992.
  • Livre Montreal in 1856: a sketch for the celebration of the opening of the Grand Trunk Railway of Canada. By a sub-committee of the Celebration committee. Printed by John Lovell. 1856. p. 41.
  • Évaluation du patrimoine urbain, Arrondissement du Sud-Ouest. Étude réalisée par le Service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine, direction du développement urbain, sous la direction de Madame Céline Topp. 2005. ISBN 2-7647-0465-8. Adresse URL.
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3 Commentaires

Classé dans Canal de Lachine, Industries, Petite-Bourgogne, rue Notre-Dame, Sainte-Cunégonde

3 réponses à “Le chantier naval d’Augustin Cantin

  1. Eileen Shea

    C’est fascinant!

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  3. Pingback: Le parc Jessie-Maxwell-Smith | Avant l'autoroute

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